Journal d’un démembrement #12
J’ai souvent l’impression de jouer au chat et à la souris avec moi-même.
Je me surprends à refuser d’entrer en contact avec certaines pensées et certaines émotions qui flottent en moi, par peur qu’elles nuisent à la réalisation de mes rêves.
Par exemple, aujourd’hui, j’ai réalisé que j’avais créé un mur entre mes doutes sur Journal d’un démembrement et ma conscience.
Une partie de moi me répétant en boucle que non, je n’avais pas de doutes, que je croyais en ce projet, que je ne doutais pas de mes actions, non non non.
Plus je me répétais cette litanie, plus la partie de moi qui doutait se faisait bâillonner, écrasée par ce désir de ne pas la ressentir.
Si je ferme les yeux assez forts, elle cessera d’exister, n’est-ce pas?
Journal d’un démembrement #11
Il y a de cela un moment, probablement plus de deux ans, j’ai écrit les lignes suivantes :
« […] Ces derniers temps, pourtant, ce n’est pas dans la lecture que je suis tombée, oubliant jusqu’à mon identité. C’est plutôt dans le vide. Je me suis laissée tomber dans le vide, je me suis laissée avaler par le vide, depuis un moment déjà. Je dirais même que je commence à avoir une certaine relation de proximité avec le vide. J’allais dire que nous sommes devenus amis, mais ce serait une exagération. J’aspire à ce qu’un jour, nous le soyons. Je dirais cependant que pour le moment, nous sommes des connaissances. »
Et aujourd’hui, je peux affirmer que cette aspiration est réalisée.
Je suis rendue amie avec le vide.
Interlude
Je parle de mon démembrement, parce que c’est plus facile pour moi de le faire.
Parce que c’est plus facile pour moi de me rouler dans la boue que de me montrer dans toute ma splendeur.
Je parle de ces moments de chute, de peine, de brouillard.
Qui sont tellement importants à nommer.
Ça me tient à coeur de parler de tout ce qu’on a l’habitude de garder caché, dans nos mondes intérieurs.
Les doutes, la confusion, la douleur.
Mais si le plus grand tabou pour moi n’avait jamais été ce qui me fait trébucher et tomber….
Mais plutôt ce qui me fait rayonner?
Image : The Faeries Oracle
Journal d’un démembrement #10
Je réalise que je crains d’être répétitive, ici.
C’est plutôt ironique.
Je crains d’être répétitive.
Alors que la vie n’est que répétition.
Éternel recommencement sans cesse changeant.
Journal d’un démembrement #9
[…]
Et pourtant, à écrire ces mots, je roule presque des yeux.
« C’est quoi, tu veux être vénérée?
Tu penses pas que c’est un relent du narcissisme, ça? »
Pourtant, non, je ne le crois pas.
Parce que je suis certaine que les femmes de ces mondes étaient vénérées, tout comme l’était la Terre.
La vénération n’était pas réservée à l’individu.
Mais plutôt à celles qui étaient les bras et les jambes de la Terre.
Ses enfants.
Précieuses.
Chéries.
Le narcissisme ne serait pas un symptôme de cette rupture?
De cette désacralisation de la Terre?
Que deviennent les êtres humains, s’ils ne sont plus les enfants de la Terre?
Si les animaux, les plantes, les montagnes et les lacs ne sont plus ses frères et ses soeurs?
S’ils se retrouvent, isolés, au sommet?
Leur valeur ne leur étant plus intrinsèque, mais bien quelque chose à prouver?
Journal d’un démembrement #8
Je me conforte en me rappelant que malgré les doutes, je suis ces savoirs ancestraux.
Suis, du verbe être.
Je suis ma Magie, même si je doute d’elle.
Même si je la minimise.
Même si mon manque de confiance en elle bloque mon accès franc et libéré à sa pleine puissance.
Qui ne pourra se déverser que lorsque je cesserai de lui demander des comptes pour qu’elle me prouve à moi-même qu’elle existe.
Journal d’un démembrement #7
Je sens la peur dans mon corps.
Elle m’habite.
Ma respiration est plus saccadée.
Mon pouls erratique.
C’est comme si je flotte, un peu, à l’intérieur de moi-même.
Comme un lièvre sur le qui-vive, je me sens un peu affolée.
D’où viendra la menace?
Du ciel, de l’eau, de la terre?
Du haut, du bas?
⎈
J’ai créé quelque chose.
Une autre création chantée.
Comme la dernière que j’ai réalisée.
Et qui a été vue plus de 10 000 fois.
Combien de fois, dans le passé, ai-je dit à mes amies que je souhaitais des réactions, n’importe lesquelles?
Négatives, positives.
Je souhaitais qu’on réagisse à ce que je crée.
Je souhaitais créer une réaction viscérale.
Et bien, ce souhait, je l’ai manifesté.
Et il est devenu réalité.
Journal d’un démembrement #6
Je commence l’écriture de cette nouvelle page avec une certaine appréhension.
Je sais que je suis vue, désormais! Lue!
Cette sensation d’être vue me fascine particulièrement.
Ça me fait penser à cette expérience scientifique : lorsqu’un photon se rend compte qu’il est vu, il commence à agir différemment.
Il y a d’ailleurs une vidéo qui me fait extrêmement rire qui illustre ce phénomène. Je ne peux pas m’empêcher de te la partager par ici.
Bon. Tout ça pour dire que maintenant, je sais que je suis lue.
Est-ce que ça changera quelque chose pour moi? Je verrai.
Mais par le fait de le dire et de le nommer, je sais que je permets à cette peur de perdre un peu de son contrôle sur moi.
Journal d’un démembrement #5
Il y a quelque chose de très inconfortable qui advient une fois qu’on s’ouvre à écouter nos désirs les plus profonds.
Souvent, ceux-ci nous font peur.
Du moins, c’est le cas avec les miens.
Comme un vautour, je tourne, à distance, autour d’eux.
Attendant que quelque chose se passe.
Regardant leurs moindres mouvements.
Parfois, faisant un pas vers eux.
Puis, souvent, faisant un pas de côté.
Lentement, je cerne ma proie.
Le seul problème, c’est que ma proie…
C’est moi.

